Je me levais silencieusement du lit d'un inconnu particulièrement violent pour ne pas le réveiller. Le goût âcre du sperme me brûlait la gorge, retournant mon estomac. Je me rhabillais vite, avant que l'humain ne se lève et me réclame une autre partie de mon corps. Je pris l'argent qui traînait sur la table de nuit, puis m'évadais par la fenêtre entre-ouverte de la salle à manger. Le temps de prendre une douche, et de faire le rapport de la nuit aux parents (surtout au père) et je repartirais une fois de plus au lycée, en bonne élève, sage, modèle, sans amis.
-Salut! lançais-je dans ma barbe en entrant.
Un grognement indistinct d'un petit homme au crâne chauve et aux lourdes fesses plantées das le canapé se fit entendre:
-Alors? Combien? me balança-t-il sèchement d'une voix grincheuse.
-Cent cinquante, répondis-je, neutre.
Mon père grommela une fois de plus avant de retourner sa tête grasse vers la télé. Toujours le même cinéma. Je me démenais tant bien que mal pendant les soirées, week-end, vacances, tout mon temps libre pour pouvoir faire manger ma famille, payer les impôts, entretenir la maison, laver le linge...et jamais je n'en faisais assez. J'allais bientôt quitter l'école, pour me consacrer uniquement à la survie de la misérable famille que nous étions. Pas d'argent, pas de vie. Mon père passait sa vie entière devant la télé, s'enfilant des tas de choses grasses et sucrées qui prenaient soin du volume déjà important de son corps. Ma mère faisait quelque ménage la journée, autant que les riches lui en donnait, astiquant du mieux qu'elle pouvait leur belle petite maison, rien avoir avec notre petit appartement, qui avait la tapisserie déchirée, le carrelage lavé une fois tout les deux mois, gras à faire tomber quiconque n'aurait pas été prévenu de la crasse inévitable de notre maison, impossible à nettoyer plus souvent.
Je filais dans la salle de bain avant que mon père ne puisse me faire d'autre critiques sur la nuit passée. Je passais prestement un pull, un pantalon et des bottes, tous trois démodés et recousus de part et d'autre. J'avais tout de même le luxe d'avoir retrouvé un tube de mascara dans les toilettes du lycée. Puis je partais pour les cours, claquant la porte au passage pour faire sursauter mon père qui n'avait pas levé le petit doigt depuis tout à l'heure.
La pluie s'écrasait sur mon visage, s'écoulant le long de mes cheveux blonds qui cascadaient le long de mon dos. Je passais au-dessus d'une flaque d'eau avant d'arriver à l'arrêt, ou le bus s'apprêtait à partir.
-Faudrait vous dépêcher mam'zelle ya pas que vous!! me dit le chauffeur tandis que je cherchait ma carte dans ma poche de manteau, lui marmonnant des excuses, et lui disant d'une façon grossière dans ma tête de se taire .
Je m'asseyais dans le fond du bus, indifférente aux bavardages qui m'entouraient. Collant ma tête au carreau, je pensais à la triste nuit à venir, et à celles qui allaitent arrivées. Je n'adressais la parole à personne, de peur de dévoiler un peu trop de choses sur ma vie en dehors du lycée, me contentant d'un bref signe de tête quand un voisin de table passait à côté de moi. La plupart des autres personnes m'ignoraient, et je leur rendais bien.
Je passais le reste de ma journée dans ma bulle, montrant peu d'enthousiasme à travailler, me contentant de répondre par des monosyllabes aux profs.